Le Rêve aborigène (Dreaming) : spiritualité, loi et art
Le Rêve (Dreaming) est l'un des concepts les plus profonds et les plus mal compris de la culture aborigène. Il est le fondement de la spiritualité, de la loi, de l'identité et du lien au territoire (country) des Aborigènes, et il est la source de nombreux récits représentés dans les peintures aborigènes. Le comprendre change la façon dont on regarde cet art.
Que signifie réellement « le Rêve » ?
Le Rêve n'est la traduction directe d'aucun mot aborigène en particulier. C'est un terme anglais forgé par les premiers anthropologues pour décrire un concept qui n'a pas de véritable équivalent en anglais. L'Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies (AIATSIS) recense plus de 250 groupes linguistiques aborigènes distincts en Australie, chacun ayant ses propres mots pour désigner ce concept. Dans la langue warlpiri d'Australie centrale, on l'appelle Jukurrpa. En pitjantjatjara et en yankunytjatjara, les groupes linguistiques des terres APY d'Australie-Méridionale, on l'appelle Tjukurpa.
L'anthropologue W.E.H. Stanner, écrivant en 1956, le décrivait comme un concept si complexe et si subtil qu'il souffrait gravement de sa traduction en anglais. Il proposa le mot « Everywhen » comme alternative plus juste à « Dreamtime » (le Temps du Rêve), car le Rêve ne se limite pas au passé. Il est à la fois le passé, le présent et l'avenir. C'est une réalité vivante plutôt qu'une période historique.
Temps du Rêve (Dreamtime) ou Rêve (Dreaming)
Les deux termes sont souvent employés indifféremment, mais ils portent des nuances différentes. « Dreamtime » suggère une période située dans un passé lointain, ce qui est trompeur. « The Dreaming » rend mieux l'idée de quelque chose de continu, de vivant et de présent. Karl Telfer, gardien culturel de haut rang du peuple kaurna d'Adélaïde, a déclaré : « Nous sommes le peuple le plus ancien et le plus fort, nous sommes ici en permanence, nous sommes constants à travers le Rêve, qui se déroule maintenant, le Temps du Rêve n'existe pas. » C'est pour cette raison que de nombreux Aborigènes et chercheurs préfèrent le terme « le Rêve » (the Dreaming).
Ce que recouvre le Rêve
Le Rêve se comprend au mieux comme un système global qui offre un cadre complet pour la vie. Il comprend des récits de création expliquant comment le monde et tous les êtres vivants sont apparus, un code moral et éthique régissant la conduite de chacun, des lois régissant les relations entre les personnes et entre les personnes et le territoire, ainsi qu'un lien spirituel avec la terre, les animaux, les plantes et les êtres ancestraux qui transcende le temps ordinaire.
Selon les croyances aborigènes, au commencement, des êtres ancestraux surgirent de la terre et parcoururent un pays encore informe, créant sur leur passage montagnes, points d'eau, rivières, déserts, animaux, plantes et êtres humains. Les chemins qu'ils empruntèrent devinrent des pistes chantées (songlines), des tracés invisibles qui traversent le continent et relient les sites sacrés entre eux. Ces êtres ancestraux n'ont pas disparu à la fin de la création. Ils sont retournés dans la terre, dans les rochers, les points d'eau et les arbres, où leur présence spirituelle demeure active aujourd'hui.
Les Rêves personnels
Chaque Aborigène est lié à des récits du Rêve particuliers par sa famille, son territoire et son groupe de parenté. Une personne peut avoir un Rêve du Kangourou, un Rêve des Sept Sœurs, un Rêve de l'Eau ou bien d'autres Rêves encore, selon son ascendance et le territoire auquel elle appartient. Ces Rêves ne sont pas de simples histoires : ils font partie de l'identité de la personne, de son héritage spirituel et de sa relation à la terre.
Les Rêves varient selon les groupes linguistiques et les régions. Ce que les Warlpiri de Yuendumu appellent Jukurrpa, les Anangu des terres APY l'appellent Tjukurpa, et les peuples de la Terre d'Arnhem l'expriment à travers leurs propres traditions. Si le Rêve présente des points communs à travers l'Australie, il ne s'agit pas d'un système de croyances unique et uniforme : ce sont des centaines de systèmes distincts mais apparentés, chacun enraciné dans un territoire et une communauté spécifiques.
Le Rêve dans l'art aborigène
La plupart des peintures aborigènes sont des expressions visuelles de récits du Rêve. Lorsqu'un artiste peint son territoire, ses points d'eau, ses sites sacrés, les voyages ancestraux, sa flore et sa faune, il peint son Rêve. Les symboles d'une peinture ne sont pas décoratifs. Ils forment un langage qui encode des savoirs sur le territoire, la loi et les événements ancestraux, transmis de génération en génération.
Tous ces savoirs ne sont pas destinés au public. Certains aspects des récits du Rêve sont sacrés et réservés aux initiés. C'est pourquoi des points ont été superposés sur certains éléments des premières peintures de Papunya Tula : pour partager le récit en surface tout en protégeant son sens profond. Une même peinture peut porter plusieurs niveaux de signification à la fois, lisibles différemment selon la personne qui regarde et ce qu'elle est autorisée à savoir.
Peintures du désert central et des terres APY chez Art by Farquhar
Art by Farquhar est une galerie spécialisée dans les peintures aborigènes originales du désert central du Territoire du Nord et des terres APY d'Australie-Méridionale. Nous travaillons directement avec les artistes et leurs familles, issus de communautés telles que Willowra, Yuendumu, Utopia, Ernabella et Watarru. Pour toute question, écrivez-nous à sales@farquhar.art.